Hérodote

Peuples, races et populations chez Hérodote

ABSTRACT

Hérodote passe pour être le premier géographe car il a laissé une description des peuples de l'écoumène, l'espace habité par les hommes. Certains commentateurs ont confirmé la véracité de ses informations, d'autres ont plutôt insisté sur un moyen de définir le Grec par son contraire, le barbare. L'article reprend le dossier en s'attachant à deux points, d'abord les termes grecs utilisés par Hérodote pour décrire les peuples et leurs mœurs et leurs traductions incorrectes soit par anachronisme, soit par idéologie, ensuite, la logique de la description dont on montre qu'elle privilégie l'éloignement du centre grec avec un dérèglement progressif de ce qui définit le Grec et la Grèce chez Hérodote comme chez Aristote, la médiété ou juste milieu.

Hérodote est souvent présenté comme le premier historien, géographe et surtout ethnographe. Être le premier signifie être lu ou au moins connu par ses successeurs jusqu’à maintenant et contribuer à former leur vision du monde. C’est aussi être le plus loin de nous, donc peut-être le plus différent, le plus exotique. Ces deux raisons opposées justifient que l’on se penche sur un élément majeur des Histoires, la conception qu’Hérodote avait des groupes humains que nous nommons peuples, sociétés, tribus, ethnies, races, populations. Comment envisageait-il leur apparition, leur reproduction, leur mélange, leur disparition, quel degré de cohérence leur assignait-il? Pour le savoir, il faut éviter deux écueils, l’un, sémiologique, de traduire directement les termes grecs par des termes français en supposant une correspondance biunivoque, l’autre, sémantique, de supposer que les concepts qui décrivent les groupements humains n’ont pas varié au cours de l’histoire. Or la difficulté de l’opération se situe exactement là car ils peuvent avoir considérablement changé. Peut-on comprendre comment Hérodote conceptualisait les groupements humains? Oui si l’on admet qu’il existe dans les Histoires des termes matériels et des situations simples qui se transposent sans peine au présent. Par exemple, quand Hérodote parle d’un cheval ou d’un bâton, d’une pierre ou d’une plage de sable fin, nous pouvons le traduire, le comprendre et le voir à travers ses yeux. De même s’il nous dit qu’un tel a tué un tel ou a enterré un tel autre. On peut ainsi déchiffrer les termes grecs qu’il utilise pour parler des groupements humains en fonction de l’ensemble de leurs occurrences et de leurs non occurrences, simples ou croisées, dans ces situations concrètes au milieu de ces objets matériels. L’utilisation systématique du contexte serait à la rigueur suffisante si l’on recherchait le sens de termes sans rapport direct avec les objectifs des Histoires, par exemple, les différences vestimentaires ou les manières de nommer l’eau (mer, océan, golfes, fleuves) mais les termes qui qualifient les groupements humains sont au centre du projet d’Hérodote au même titre que le conflit entre Grecs et Perses. En même temps que leur contexte, il faut mettre en évidence leur position de pièces maîtresses dans l’architecture générale de l’œuvre dont il faut donc restituer le plan.

 

Immagine di copertina, foto di Лариса Мозговая da Pixabay